« Vous avez apporté votre contenant ? »

“Vous avez apporté votre contenant ?” me demande tout sourire Nicolas, vendeur à l’épicerie Day by Day de Metz. Cette question, qui peut sembler étrange de prime abord, me paraît désormais naturelle. Et je peux même y répondre par l’affirmative : oui, j’ai apporté mon propre tupperware (un vieux pot de crème en plastique) pour y déposer mes achats en vrac. Ici, thés, céréales, riz, pâtes, copeaux de savon et morceaux de chocolat sont achetés sans emballage et souvent à des prix très compétitifs. Bienvenue dans le monde merveilleux du zéro déchet, ou ZD pour les intimes. Mais d’où vient ce mode de vie écologique et comment s’incrémente-t-il de plus en plus dans notre quotidien ?

Comme tout mouvement, le zéro déchet a ses figures de proue. D’abord outre-Atlantique avec Béa Johnson, créatrice du blog Zero Waste Home et auteure du best-seller Zéro déchet¹. A grands coups de TEDx et conférences aux 4 coins du globe, cette mère de famille nous livre ses conseils pour réduire drastiquement notre impact environnemental. Et son exemple est radical : depuis 2010, ses déchets annuels tiennent dans un bocal (soit un peu moins d’un kilogramme). Un record pour une famille américaine de 4 personnes auparavant habituée aux 240 litres d’ordures hebdomadaires. Son secret ? Appliquer chaque jour et pour chaque situation la règle des 5R : « Refuser le superflu ; réduire le nécessaire ; réutiliser ce que l’on achète ; recycler tout ce que l’on n’a pas pu refuser ; composter le reste ». Avec bon sens et minimalisme, Béa a ainsi banni de sa salle de bain les disques démaquillants, produits jetables par excellence, pour les remplacer par des carrés en tissu lavables. Sa garde-robe ? Elle tient dans une valise : 2 pantalons, 2 robes, 7 hauts, 1 pull, 1 short, 3 vestes et 1 doudoune, le tout acheté d’occasion. Côté cuisine, exit les bouteilles et emballages plastiques, remplacés par des bocaux en verre. Et les exemples sont encore nombreux. Son mode de vie a impulsé le mouvement international Zero Waste, qui prône l’être plutôt que l’avoir. Il s’oppose donc farouchement au système économique occidental, basé sur la consommation immédiate et le tout jetable ; ce même mode de consommation qui alimente le « 8ème continent », un gigantesque îlot de plastique localisé dans le Nord-Est du Pacifique… et 3 fois plus grand que la France.

Un exemple parmi de nombreux autres de déchets plastiques polluant l’océan.
© Daria Shevtsova / Pexels

Dans l’Hexagone, le zéro déchet fait progressivement des émules. En 2015, la famille Pichon-Moret — jusqu’alors inconnue du grand public — rédige Famille presque zéro déchet : ze guide², véritable recueil de bonnes pratiques à adopter au quotidien. Drôle et déculpabilisant, il accompagne en douceur le lecteur dans sa transition vers le “zéro gaspi”. Les éco-gestes listés sont nombreux et à diverses échelles : boire l’eau du robinet, acheter en vrac, commander ses légumes chez un maraîcher local, cultiver son jardin, composter ses déchets verts, emprunter ou acheter d’occasion, covoiturer ou encore adhérer à une banque éthique (oui, ça existe). En résumé, un retour assumé à la terre, au partage et à la simplicité. Jérémie insiste sur l’importance de trouver son rythme et de ne pas changer trop brutalement ses habitudes, au risque de ne pas s’y tenir. Vous n’avez pas encore acheté de brosse à dent en bambou compostable ? Ce n’est pas grave, ne vous flagellez pas et essayez déjà de faire votre propre dentifrice vous-même, c’est hyper simple.

Acheter en vrac fait partie des recommandations phares du mouvement ZD.
© Dids / Pexels

Le zéro déchet n’est donc pas un mouvement isolé. Partout, des antennes Zero Waste France, ateliers Do It Yourself et actions engagées dans cette démarche fleurissent. Metz n’est pas en reste et quelques initiatives incitant à réduire son empreinte carbone bourgeonnent. Du côté d’Épluchures et bicyclette par exemple, on pédale dans toute la ville pour récupérer les bio-déchets des restaurateurs messins afin de les revaloriser en compost. En passant, saviez-vous qu’il existe à Metz plusieurs sites de compostage collectif gérés par l’association Le Tripôt ? La Trucothèque, au cœur du quartier Bellecroix, mise sur le partage et l’emprunt gratuit d’objets du quotidien comme des jeux de société, livres, outils de bricolage ou appareils électriques ; une zone de gratuité est même mise à disposition pour y déposer ou récupérer des objets qui ne se prêtent pas, comme des vêtements. Derrière ces deux initiatives, une seule association, Motris, dont l’ambition est de créer des actions locales respectueuses de l’environnement et de l’humain. L’idée suit son cours et certains événements rencontrent de plus en plus d’adeptes : c’est le cas de la Fête de l’écologie organisée au Cloître des Récollets par MIRABEL – Lorraine Nature Environnement. Parmi les exposants présents, Saikna Créations y proposait des lingettes démaquillantes réutilisables et cousues main, tandis que Des potions et des bulles vantait les mérites du savon artisanal, saponifié à froid et sans emballage. Un retour à l’utile, à l’écologie et au fait-main qui fait du bien.


¹ Béa Johnson, Zéro déchet, Édition Les Arènes, 2013
² Jérémie Pichon, Bénédicte Moret, Famille presque zéro déchet : ze guide, Éditions Thierry Souccar, 2016