Message à M.

« Décédée le 19 octobre à Vandoeuvre-les-Nancy à l’aube de ses 26 ans. »

Je relis l’annonce nécrologique une seconde fois. Je n’ai pas accès à l’intégralité de l’article, réservé aux abonnés, mais ces quelques lignes suffisent à m’obséder. Sur la photo, je reconnais son regard. Ses cheveux sont coupés courts. Malgré la fatigue qui semble marquer ses traits, M. est coquette, exactement comme dans mes souvenirs. « A l’aube de ses 26 ans ». On ne meurt pas à un âge pareil. On fait la fête, on explore le monde, on boucle ses études, on recherche l’amour, on trouve un job, on élabore des projets pour plus tard. On ne peut pas mourir à 25 ans, pas déjà. Ma gorge se serre en pensant à cet âge fatidique qu’elle ne dépassera jamais, aux expériences qu’elle n’aura pas vécues, à ses aspirations parties en miettes. La maladie lui a coupé les ailes, l’a contrainte à s’écraser en plein vol.

Cela fait pratiquement un mois qu’elle est décédée, et je n’ai pris connaissance de la nouvelle qu’il y a peu. M. était une camarade de lycée avec laquelle, à l’issue du baccalauréat, j’avais perdu contact. Elle suivait des cours d’arts plastiques avec moi. Je me souviens de son don pour le dessin. Elle avait un coup de crayon travaillé, précis, une façon bien à elle de coucher sa pastel sur le papier. Elle avait de très belles idées. Je me rappelle l’avoir enviée pour cette qualité qu’elle espérait mettre un jour à profit dans sa vie professionnelle. Il me semble d’ailleurs qu’elle était allée en faculté d’arts après le lycée.

Depuis l’annonce de sa mort, je me remémore une époque insouciante, révolue, à laquelle je suis déjà terriblement nostalgique. Au fil des années, nous poursuivons indéniablement notre route vers l’inconnu, cet horizon qui se dessine au loin et qui peut rapidement laisser place au crépuscule. Grandir nous rapproche de cette fin que nous souhaitons la plus lointaine possible. Nous avons tous la crainte, moi la première, de ne pas en avoir assez fait avant que ça n’arrive. J’espère que M. est partie sans regrets, sans douleur. Puissent ces quelques mots remémorer son souvenir et nous rappeler l’urgence de vivre avec l’ivresse du dernier jour, celui dont on ne connaît pas le lendemain. Peut-être qu’un blog n’est pas le meilleur endroit pour y déposer ce message, mais j’ose espérer que la mémoire numérique soit plus pérenne que la nôtre.

M. H.
31/12/1991 – 19/10/2017
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