Concert en appartement : Oscar on the Lawn + The Last Morning Soundtrack

Publié le 15 février 2016 pour Hōko Magazine. Voir l’article.

Une lumière tamisée dessine quelques ombres furtives. La guirlande, jetée au sol, éclaire des instruments fraîchement sortis de leurs étuis. Les derniers éclats de voix provenant de la cuisine font rapidement place au silence. Des silhouettes hâtives se faufilent parmi les jambes recroquevillées ou étendues à même le sol. Dans un silence quasi-scolaire, chacun s’assoit et attend patiemment la venue des artistes. Le décor est posé. Ce soir-là, nous sommes chez Allan et Marie qui accueillent, dans son salon, Oscar and the Lawn et The Last Morning Soundtrack pour un concert intimiste.

Oscar on the Lawn ouvre le bal, personnifié par la voix cristalline de Charline. Cette pétillante jeune fille a plus d’une corde à sa guitare puisqu’elle écrit, compose et interprète ses propres morceaux. Beaucoup de douceur émane de ses chansons, qui ne tardent pas à nous envelopper dans un cocon doux et voluptueux. C’est frais comme une pluie d’été, ça respire l’insouciance et fleure bon la bonne humeur. Les paroles de « Tulips and Roses » esquissent des tableaux bucoliques où l’imagination s’évade à travers champs, tandis que « Blue dress with bun » nous conte l’histoire d’une fille qui aime en bleu. Sans manières ni artifices, uniquement des couleurs primaires. Dans sa balade, Charline nous invite à l’accompagner en forêt en imitant des bruits d’animaux. Certains hurlent, d’autres hululent. On s’amuse bien avec Charline, succédée par les rennais de The Last Morning Soundtrack.

Trois places se libèrent. Juliette, Sylvain et Gérald prennent respectivement place au violoncelle, à la guitare et au piano (à plusieurs reprises d’ailleurs, les rôles s’inverseront). Ce qui marque, c’est cette proximité évidente qu’ont les artistes avec le public, se confessant à lui comme à de vieux potes. Entre deux conversations, The Last Morning Soundtrack entame son nouvel album, « Promises of Pale Night ». Brillantes de simplicité, les compositions s’équilibrent entre minimalisme et subtilité (« As Lonely As I Am », « We Might Need An Ending »). Par petites touches, le piano apporte de la profondeur et trace un fil d’Ariane à l’extrémité de chaque morceau. Tout en justesse, la délicate voix de Sylvain nous transporte avec poésie et, parfois, mélancolie (« Echoes Of Our Days »). Le violoncelle, intensifié par la petitesse de la pièce, apporte du grain et me colle des frissons. Les notes, volatiles et feutrées, suffisent à provoquer une émotion tantôt nébuleuse, tantôt réconfortante. Par la fenêtre ouverte, on entend la pluie tomber sur les pavés. Je me surprends alors à fermer les yeux et à imaginer qu’une brume matinale m’enveloppe. Au dernier accord, la bulle éclate. Qu’importe, je rentrerai chez moi avec le refrain de « Our Wasted Sighs » en tête.

Bonus ! Interview de Sylvain, guitariste et chanteur de The Last Morning Soundtrack, par Marie & Camille.