Odezenne : mélancolie, verres vides et sexe

Publié le 13 décembre 2015 pour Hōko Magazine. Voir l’article.

Odezenne ? Le mot est sur toutes les lèvres, pulpeuses, plissées, crispées. Les disques s’échangent, les textes se récitent par cœur. Le public est venu en masse dans la grande salle de la Laiterie, ce jeudi 3 décembre, pour venir acclamer le groupe bordelais. Les jupes des lycéennes attroupées devant la scène côtoient sans peine les gilets en maille des trentenaires restés en retrait. Tout le monde écoute.

Arrivés dans une ambiance feutrée, mélange de fumée et de lumières voilées, quatre mecs (deux MC, un alchimiste du son et un batteur invité pour le live) entament « Vilaine ». L’ambiance, chaotique, épouse la voix grave et désabusée d’Alix et Jacques. En clair/obscur, ils scandent sans concession des strophes crues. Difficile de leur coller une étiquette, tant leur univers éclectique emprunte des sons au rap, à l’électro, à l’alternatif ou à la chanson française. En paroliers désabusés, ils dessinent les contours d’un univers gris qui transcende l’alcool, le sexe et les maux d’une société désordonnée. Dans « Chewing Gum », on se fout des rêves nourris par MTV et les coups de bistouri. « Novembre » couche la détresse et la perdition. Et Mattia impressionne par les ambiances qu’il parvient à créer au synthé, au pad et à la guitare. Sans superflu, sans bling bling, sans dorure, ici on dépeint la crasse et la vraie vie. Les rimes sont riches de sens et de son, rien n’est posé au hasard.

Une fenêtre moins sombre s’ouvre tout de même avec « Souffle le vent ».  Des règlements de compte se font avec « Adieu », où beats sauvages envoient à qui de droit des poings dans la gueule. Et on ne se prend plus au sérieux avec « Je veux te baiser » qui parle d’amour, mais surtout de cul. Le public reprend en cœur « Je veux te baiser, tu veux me baiser, nous voulons nous baiser ». La mélodie kitsch pourrait servir de bande-son pour un film érotique et poilu sur RTL9. « Kiffez-vous ! ». Les nanas sont déchaînées, une fille monte sur scène pour faire un selfie tandis qu’une autre part carrément chercher le groupe pour un rappel. Odezenne, surpris et content par l’accueil, boit, se désape, danse. Finalement, on vit dans un monde de merde, mais on s’amuse quand même.

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© Texte : Camille Schneider, Photographie : Julie Costet