Colours in the Street + Baden Baden

Publié le 25 novembre 2015 pour Hōko Magazine. Voir l’article.

A l’issue d’hommages poignants Place Kléber (Laurent y était), j’enfourche mon vélo en direction du club de la Laiterie. Le cœur un peu lourd, écouter un concert et voir de la musique (ou peut-être l’inverse) me fera certainement le plus grand bien. Et puis, il faut surtout continuer à vivre, comme avant, avec autant de passion et de pintes de bières.

Colours in the Street sont quatre et nous viennent de Niort, en Poitou-Charentes (tu ne vois toujours pas ? Moi non plus). Ces gaillards-là ont déjà foulé de très belles scènes (Printemps de Bourges, Francofolies de la Rochelle) et sont nourris par la pop anglo-saxonne. La vraie, celle-là même qui illumine n’importe quel ciel gris. Ce soir, ils nous présentent sobrement leur tout premier album, « Royaume », produit sur le label Velvet Coliseum. Entrés en scène, Alexandre Poussard (chant et clavier), Alexis Rimbault (batterie), Noé Russeil (basse) et Lucien Saurin (guitare) entament l’hymne « Kid and King ». Le refrain, racoleur, est ponctué de « woho » qui réconfortent les humeurs les plus maussades.

Les lumières oscillent entre tons bleus et blancs, et dessinent les contours de l’écrin dans lequel le public, sautillant et souriant, se love. Le chant en anglais d’Alexandre sonne juste. Dans Colours in the Street, j’entends du Gush, du Passion Pit et un peu d’Isaac Delusion. Pour « The Gods of Wonder », les spectateurs sont eux aussi invités à reprendre le refrain et à s’éclater « Say héééééé ! ». Le démarrage est un peu fastidieux, mais tous les spectateurs finissent par répéter à gorge déployée les longues syllabes. Ces chœurs inattendus apportent une intensité solennelle aux compositions d’apparence légères du quatuor. « A Thousand Candles » laisse à Lucien la liberté de s’éclater à la guitare et de s’orienter vers une gamme d’accords plus progressifs. Dans « Birds », le pad remplace la batterie et les sons se font plus doux, plus atmosphériques. Les couplets se muent en ballade au piano, tandis que le refrain explose la cage aux oiseaux évoquée dans ce même titre. Chaque morceau est un hymne à l’allégresse, au rêve, à la vie et à ce qu’elle a de beau et d’imprévisible. Si le son de Colours in the Street pouvait avoir une nuance, celle-ci serait assurément chaude.

Arrivent les parisiens Baden Baden et avec eux, l’encensement de la langue française. Exercice difficile que de chanter dans sa langue natale. Le dernier opus du groupe, « Mille Éclairs », est pourtant intégralement écrit dans la langue de Molière, une première qui ravira les fans non-anglophones. A la base trio indie-pop composé d’Éric Javelle (chant, guitare), Julien Lardé (guitare) et Gabriel Vigne (batterie), Baden Baden est épaulé sur scène par Jérôme Arrighi à la basse et Arno de Casanove à la trompette. Les fragments qu’il délivre s’apparentent à d’intimes confessions (« Dis leur », « L’échappée »), embellies par une production post-shoegaze.

Une reprise voluptueuse de Dominique A, « Le courage des oiseaux », enchante le public. Il y a là du Miossec, du Bashung, du Daniel Darc peut-être. Dans Mille Éclairs, il est question d’écumes, de vagues, de nuit et de vents contraires. Mais il y a aussi la passion, l’autre, la tristesse et la fuite, thématiques récurrentes qui se croisent et se retrouvent à de multiples endroits. A l’inverse de Colours in the Street, le rêve se présente ici dans des tonalités plus sombres et nébuleuses.

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© Texte : Camille Schneider, Photographie : Ludovic Schneider