Heymoonshaker

Publié le 17 octobre 2015 pour Hōko Magazine. Voir l’article.

« The first beatbox-blues band in the f*cking world ! »

Heymoonshaker. Ce nom, qui n’existe nulle part dans les dictionnaires anglophones, abrite un duo à mille lieux de toute norme musicale ordinaire. Ses membres, Dave Crowe et Andrew Balcon, croisent des influences hétéroclites et antinomiques ; l’un pratique un blues éraillé et noir, l’autre est un champion de beatbox  (  dont il est passé en 2008 sur l’émission Britain’s Got Talent ). L’essence même du groupe repose sur une incroyable envie d’explorer des horizons nouveaux et d’en repousser les limites. Toujours plus loin, toujours plus fou. Personne avant ces gars-là n’avait jamais songé à se faire rencontrer ces univers en clair-obscur, au passé et aux racines si discordantes. Dave et Andrew, rencontrés en Nouvelle-Zélande, l’ont fait. Le tableau est posé.

Le public, connaisseur ou néophyte, se presse devant la scène du Camionneur en ce mercredi 14 octobre. J’ai déjà vu Heymoonshaker en concert, mais ce soir-là est un peu différent : ils jouent Noir, leur tout nouvel album. Le groupe entre en scène sans faire de vague, encouragé par les cris de quelques impatients. Le live débute avec « Find Myself a Home » et fait la part belle au timbre rocailleux d’Andy, qui entame seul cette ouverture. Dès la première minute écoulée, Dave s’empare d’un micro et fait cracher les baffles avec une facilité déconcertante. Sa voix prend des allures de boîte à rythme organique et survoltée, tandis que sa gestuelle forme une espèce de chorégraphie sous speed. La machine est prête à sortir des beats assassins. Reste à Andrew-le-crooner le soin de poser sa guitare sur ce flow et l’alchimie opère immédiatement.

Les rythmes sont à la fois suaves, langoureux, murmurés et excités. « Heavy Grip » donne envie de bouger son boule (Dave fait un sublime mouvement de bassin et nous invite à l’imiter sans avoir peur du qu’en dira-t-on) ; « Stoned » fait grimper l’intensité, un mot qui reviendra souvent à la bouche de nos deux compères. A tour de rôle, Andy et Dave régalent le public d’une performance solo où l’on peut apprécier pleinement les talents de chacun. Le premier livre une composition marquée par des influences puisées aux racines même du blues, dans le Sud des États-Unis où son histoire originelle a commencé. Le second mélange sans peine dubstep, sons captés dans une galaxie lointaine et bruitages de vieilles mixtapes trouvées dans la rue. Oui, avec toujours pour seul instrument ses cordes vocales. Et saupoudre le tout d’une « that’s cool as fuck ! » qui laisse le public sur le cul. « Devil in my Mind » annonce la fin d’un show qui aura réussi l’exploit de conquérir un public très hétérogène.

Le son de Heymoonshaker s’impose comme une évidence tant les deux acolytes semblent soudés et sûrs de l’efficacité de leur concept. Aucune barrière ne vient entraver leur projet, qui met un point d’honneur à rester libre et indépendant. Après tout, comme le martèle à plusieurs reprises Dave, ils sont le premier groupe à avoir sorti deux albums de beat-box blues au monde, et ça en jette.

Site officiel d’ Heymoonshaker.
© Texte et photo : Camille Schneider