Last Train + Mutiny on the Bounty

Publié le 4 octobre 2015 pour Hōko Magazine. Voir l’article.

Mutiny on the Bounty : Equations de son

Quel genre musical peut donc bien se cacher derrière cette « mutinerie du Bounty »  ? Un récap s’impose : ledit groupe est un fervent pratiquant du Math Rock, une sous-catégorie du rock expérimental caractérisée par un rythme complexe et un enchaînement de riffs et de mélodies (merci Wikipédia). Math pour Mathématiques, le rock des matheux quoi. Faut être cinglé pour aimer les chiffres à ce point. Originaire du Luxembourg, Mutiny on the Bounty démarre les hostilités à 20h30 pétantes en ce vendredi 2 octobre, dans le Club (bondé) de la Laiterie. Cette soirée a des airs de release party, puisqu’elle marque la sortie de leur 3ème album studio, Digital Tropics, diffusé en France par le label Deaf Rock Records.

Je ne sais honnêtement pas à quoi m’attendre, connaissant mal ce genre musical. Mais à peine ai-je terminé de me placer -non sans peine- dans le public qu’une grosse tatane de son s’écrase sur ma tronche. Arrivés fraîchement sur scène, les quatre gaillards (Pzey à la guitare et aux voix, Falcon à la batterie, Tchiggy à la basse et Clem à la guitare) envoient du lourd. Le Math Rock est une incroyable équation sonore qui combine mélodies atmosphériques (un MacBook trône fièrement sur scène), riffs mi-enjoués/mi-bagarre-avec-ton-voisin et uppercuts de batterie. Il n’y a pas de chant, mais cela n’handicape en rien les morceaux. C’est joué au millimètre près, chaque note trouve sa place et sonne juste. Une prouesse technique qui me laisse scotchée tant le jeu de chaque instrument est maîtrisé.

Puisqu’on parle mathématiques, plus c’est complexe, mieux c’est. Les morceaux de MOTB sont caractérisés par une constante progression des rythmes et des mélodies bien que tout reste au final impitoyablement cohérent. Les mélodies en question sont parfois planantes (le progressif Countach), souvent entraînantes (Dance Automaton Dance, Strobocop). Le duo basse/batterie groove sec (Telekinesis) et des notes d’électro viennent discrètement habiller chaque morceau (Ice Ice Iceland). Parfois, on croirait écouter la bande-son d’un jeu vidéo épique où il faut buter des dragons pour pouvoir passer au niveau suivant. La guerre est déclarée. A plusieurs reprises, des temps d’arrêts sont marqués pour donner l’illusion d’un calme retrouvé, avant que tout ne reparte immédiatement en trombe dans un joyeux bordel. MOTB ne donne aucun répit à son public qui le lui rend bien : ça tape des mains, ça bouge de la nuque, les gens sont bouillants à l’exception des quelques cinquantenaires restés en retrait. Le batteur casse même deux baguettes.

La prestance scénique vaut lui aussi le détour. Les quatre mecs sont survoltés, crient, tapent dans les mains voire carrément sur leur torse. On sent que MOTB a de la bouteille. Arrivé à maturité après 11 années de formation, le groupe tourne en Suède, en Allemagne, en France, en République Tchèque ou encore au Danemark. Plusieurs dates sont même programmées au Japon pour la fin d’année. Le concert se termine et le public est remercié chaleureusement. MOTB est une vraie bonne découverte.

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Last Train : Come On !

A l’issue d’une courte pause bien méritée, les mulhousiens de Last Train prennent le relais. Je me pose à côté du bar, toute la fosse est bondée. Le show s’ouvre sur la bande originale d’un western de Morricone. A nouveau quatre gaillards -à qui il ne manque plus que les santiags- entrent en scène et saisissent leur instrument respectif. Il y a Julien (guitare), Jean-Noël (guitare et chant), Antoine (batterie) et Tim (basse), 20 ans respectivement. L’intro n’est pas encore terminée que les mecs se mettent à balancer une flopée de décibels. On retrouve la même formation scénique que pour MOTB, mais aussi une voix qui se démarque dès les premières mesures : rauque et écorchée, elle vocifère un premier couplet qui marque de suite l’oreille.

S’enchaîne le second morceau au refrain diablement efficace, Cold Fever, reprit en chœur par le bassiste et le second guitariste. Le public crie, des gens se désapent. Il fait chaud, « ça coule » dixit Jean-Noël. Le show rock and roll continue, le guitariste à ma droite se grille une clope sans pression. Last Train se fait désirer avec de langoureuses interludes qui trompent le public et qui s’achèvent dans un fracas métallique. La tension est électrique et quasiment palpable, tout le monde est hypnotisé par cette voix éraillée qui déverse sans demi-mesure ses tripes et son groove. Comme si le timbre blues de Jake Bugg avait rencontré la furie de Laurie Vincent (Slaves) et l’excentricité de Julian Casablancas (The Strokes). Et l’on n’oubliera pas de citer les Black Rebel Motorcycle Club, forcément, qui doivent tourner en boucle chez eux. Arrive Leaving You Now, le morceau par lequel je les ai découvert. Le rendu live, balèze, nous livre tout son potentiel : la voix est à la limite du scream, les guitares se lâchent dans des envolées endiablés et le batteur tape fort. Un incident de grosse caisse interrompt d’ailleurs son élan. On apprendra également ce soir-là que Last Train a enchaîné pas mal de dates (une centaine), et qu’ils sont très contents de revenir en Alsace. Y a de quoi vu l’accueil qui leur est réservé.

Ils sont jeunes mais n’ont rien à apprendre de la scène, tant les quatre musiciens semblent à l’aise et unis par ce même attrait pour le son brut et franc. Last Train, propulsé par Cold Fame Records, ne révolutionne pas le rock mais le joue dans sa forme originelle et crasseuse, sans les paillettes ni les slims fluos qui collent aux cuisses. Normal qu’ils aient raflé le prix des Inouïs du Printemps de Bourges.

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© Texte : Camille Schneider, Photographie : Patrice Hercay